pour la première fois, une machine à vendanger a foulé des vignes valaisannes en forte pente. deux jeunes agronomes haut-valaisans, luc mounir et elias elmiger, ont adapté cet engin habituellement utilisé en terrain plat pour le rendre opérationnel sur les coteaux escarpés du canton. ce projet innovant, actuellement en test pour une durée de deux ans, est notamment accompagné par cimark sa et la fondation the ark. jelena kalbermatten, journaliste au walliser bote, a suivi les deux entrepreneurs lors d’une journée test, que l’on vous résume ci-dessous.
dans le vignoble de varen, une machine chenillée grise avance lentement entre les rangs de vigne, retenue par un système de treuil qui lui permet de descendre les pentes abruptes en toute sécurité. à son bord, en alternance, luc mounir (24 ans) et elias elmiger (25 ans). grâce à des barres secoueuses placées en tête de l’appareil, les ceps sont mis en vibration : les raisins se détachent, tombent sur un système de réception puis rejoignent un bac de collecte via un tapis convoyeur.
ce type de vendangeuse est largement utilisé dans les vignobles plats d’allemagne ou de france. mais son arrivée dans les vignes en forte déclivité du valais représente une petite révolution. jusqu’ici, une seule machine de ce genre était en service en suisse, à zurich.
une idée née à l’étranger
c’est en nouvelle-zélande, où ils ont tous deux effectué des séjours professionnels, que les deux agronomes ont découvert les systèmes de récolte mécanisés. de retour en valais, ils ont fondé leur société, valagri sàrl, et se sont lancés dans l’aventure, avec le soutien du canton et de plusieurs organisations. l’acquisition de la machine représente néanmoins un pari financier important pour les deux jeunes entrepreneurs.
leur projet est actuellement testé dans le cadre d’un programme de deux ans, avec l’appui du service de l’agriculture du canton du valais, de la fondation the ark et de cimark.
des adaptations techniques indispensables
pour circuler dans les rangs de vigne valaisans, la machine a dû être modifiée. luc mounir et elias elmiger ont d’abord cherché un fabricant proposant l’engin avec son système de treuil, seul moyen de rendre les pentes abruptes accessibles. le principe est similaire à celui des dameuses de pistes de ski en hiver.
autre défi : l’appareil est conçu pour des rangs espacés d’au moins 1,80 mètre, alors que de nombreuses parcelles valaisannes sont plantées plus serré. les deux jeunes entrepreneurs ont donc installé la vendangeuse sur un châssis chenillé plus ancien, mais plus étroit, et réduit la largeur de la structure. « nous gagnons ainsi des centimètres décisifs de chaque côté », explique luc mounir. résultat : la machine peut désormais travailler avec un espacement de 1,60 mètre seulement.
trois semaines de tests sur le terrain
durant trois semaines, les deux entrepreneurs ont testé leur machine dans différents vignobles valaisans, depuis les parcelles familiales des mounir jusqu’à des travaux à façon pour d’autres vignerons. l’intérêt de la branche est manifeste : lors des démonstrations, de nombreux vignerons viennent se renseigner et proposent leurs parcelles pour des essais.
pour les deux fondateurs, l’objectif n’est pas de remplacer entièrement le travail manuel ou de réduire les coûts à tout prix — les données à ce sujet seront récoltées durant l’étude de faisabilité de deux ans. l’avantage principal réside dans la flexibilité. avec le réchauffement climatique, la fenêtre de récolte optimale se réduit. la machine permet d’intervenir rapidement, y compris de nuit, pour protéger les raisins de la chaleur. là où une grande équipe de vendangeurs met une demi-journée, la vendangeuse accomplit le travail avec un minimum de personnel — un atout non négligeable, alors que trouver de la main-d’œuvre saisonnière devient de plus en plus difficile.
un bilan encourageant, mais nuancé
la conduite de la machine, reliée au treuil, demande une concentration de tous les instants pour éviter d’endommager les ceps voisins. « au début, c’était vraiment intense, il fallait surveiller mille choses en même temps », racontent les deux fondateurs.
après trois semaines d’utilisation continue, le duo tire un premier bilan réaliste : tous les vignobles ne se prêtent pas à ce type de récolte. outre l’espacement des rangs, l’espace disponible pour les manœuvres en bout de parcelle est déterminant. si de nombreux cépages blancs se prêtent bien à une récolte en douceur, des cépages plus résistants comme le merlot ou la petite arvine sont restés très accrochés à la tige cette année en raison de la sécheresse, rendant la récolte plus délicate. autre contrainte sous-estimée au départ : un nettoyage minutieux de la machine, d’une heure et demie, est nécessaire après chaque journée de récolte pour éviter de transporter des résidus d’une parcelle à l’autre.
reste à savoir si ce modèle s’imposera à plus large échelle comme service proposé aux vignerons valaisans. les prochaines analyses permettront d’y voir plus clair. mais une première étape est franchie, ouvrant une nouvelle option pour l’avenir de la viticulture valaisanne.
source : article original « wenn die maschine den rebberg erobert », publié le 18.09 dans le walliser bote, par jelena kalbermatten.
crédit photo : pomona.ch – daniel berchtold